mardi 21 février 2012

Trois questions fondatrices


Trois questions :

1. Peut-on se comprendre sans parler ?

2. Les mots sont-ils indispensables pour penser ?

3. L'action corporelle précède-t-elle l'acte de penser consciemment ?


Et  les réponses du paradigme scientifique traditionnel : 

- On peut se comprendre sans se parler.
- Les mots ne sont pas indispensables à l'activité de la pensée.
- L'action corporelle précède l'acte de penser consciemment.

Si le langage corporel est très souvent lié au langage verbal, il a aussi une activité indépendante.

Des outils spécifiques doivent être conçus pour l'observer. Et, quel que soit le sens dans lequel ces trois questions sont posées, une discipline indépendante dont l'objet est le langage corporel,  avec son corpus de concepts autonomes, devait donc nécessairement émerger.

Il faut évidemment faire attention à ne pas tout vouloir faire dire au langage corporel et contrôler les paramètres d'interprétation, mais il est indispensable de prendre en compte cette réalité parce que les réactions mentales de deux interlocuteurs sont modifiées par le langage corporel de l'autre, même s'ils n'en n'ont pas conscience. Ces réalités là sont aujourd'hui mesurables.

mercredi 8 février 2012

Les rides de peur de François Hollande

Ces deux photos sont espacées de 12 centièmes de seconde


En France, le 1er février, François Hollande le candidat du parti socialiste à la présidentielle a été aspergé de farine, par une jeune femme, au moment même où il se trouvait sur une tribune, pour signer le « contrat social » pour le logement de la fondation Abbé Pierre.
Qui a visionné les images de ce moment, a été impressionné par le calme du candidat. S'il n'avait pas été copieusement blanchi de farine, personne ne serait même rendu compte de l'évènement. Mais l'occasion était trop belle d'utiliser le lexique corporel pour observer François Hollande. En fait très maitre de lui, son visage reste impassible, mais il se trouve que des rides horizontales traversent le haut de son front durant un très court laps de temps  (moins de 2 secondes). Ce sont des rides de peur.

Lorsqu'une personne a peur, des rides horizontales apparaissent sur le haut du front, et ici c'est en prenant tout à coup conscience que la scène est filmée (!), la direction de son regard va le montrer, que les rides de peur apparaissent sur le front du candidat (1).

Ces rides sont apparues deux fois très brièvement, d'abord au moment ou il a été aspergé de farine, c'est le premier moment, un moment de stupeur. C'est tout à fait normal, le contraire l'eut été moins. Ces rides sont activées à partir de messages envoyés depuis l'amygdale dans le système limbique.  Mais surtout, on s'aperçoit sur le second moment, que la peur n'est pas toujours totalement instinctive elle peut également être beaucoup plus cognitive, cérébrale. Ce que traduit la photo avec le cercle rouge. François Hollande a peur parce qu'il se rend compte  tout à coup de l'ampleur que pourrait prendre l'évènement. Ce que traduit un regard subreptice jeté vers la salle.

Les rides horizontales de la peur apparaissent toujours et forcément lorsqu'une personne a peur. C'est LE signe de la  peur. 


(1) Évidemment ces rides ci apparaissent sans que ne bouge la zone des sourcils , car dans toutes les occasions ou remontent les sourcils des rides apparaissent, mais beaucoup plus bas sur le front et ce second type de ride ne serait pas associé à la peur.

lundi 6 février 2012

La série américaine Lie to me : ce qui est et ce qui n'est pas de la synergologie.



La synergologie est souvent associée à la série américaine  Lie to me. Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette série parce qu’elle traitait de langage corporel à partir des travaux de Paul Ekman, mais la comparaison s’arrête là.
Dans la série, dès le premier numéro, les auteurs expliquent que lorsqu’on ment on se gratte le nez, et ils montrent ainsi une image de Saddam Hussein dans cette attitude à son procès (la photo ci dessus)
Or nous sommes absolument formels, une personne ne se gratte jamais le nez lorsqu'elle ment, comme le fait là Saddam Hussein. Ce qui ne l’empêche pas d'avoir certainement  menti plus souvent qu'à son tour, mais ce n’est pas le propos.

La synergologie repose sur une nomenclature 

En synergologie, avant d'attribuer une signification à une microdémangeaison (1), une nomenclature permet de recenser les zones du visage ou les gens se grattent, pour pouvoir ensuite  repérer concrètement de mêmes mouvements faits par des personnes différentes dans des contextes différents et les comparer.



Dans aucune des quatre situations illustrées dans l'image située en haut du blogue le mensonge n'est repéré.  Les personnes se grattent bien pour une raison identifiable, mais lorsqu'il s'agit de ce mouvement (A_0_D_N_2_P2)  ça ne sera JAMAIS le mensonge.

L'éthogramme synergologique repérant la totalité des attitudes corporelles signifiantes qu’elle inscrit dans une nomenclature (dans cet extrait les gestes d'autocontact sur le visage) est aujourd’hui la seule grille permettant un mode de référencement de toutes les catégories de gestes et d'attitudes corporelles.

Nous vous expliquerons dans un prochain message pourquoi cette microdémangeaison ne peut pas être reliée au mensonge.



 (1) Microdémangeaison : Démangeaison réalisée en l'absence de bouton ou d'inscription tégumentaire.

Attention : Ce n’est pas parce qu’une personne ou une théorie renvoie au langage corporel que c’est de la synergologie.  


Les photos présentées ici sont tirées d'émissions télévisées françaises et québécoises. 

mercredi 1 février 2012

La synergologie est-elle fiable ?


La synergologie est-elle fiable ?

Voila LA QUESTION incontournable. C'est même sans doute uniquement pour répondre à cette question que les messages de ce blogue succèdent les uns aux autres et que des synergologues partout dans le monde se questionnent, s'interrogent, travaillent, doutent, se forment.


Pour essayer de mesurer la fiabilité de la synergologie
  
Il faut d'abord se demander à quoi s'applique sa fiabilité. Au delà des définitions académiques, la synergologie essaie de comprendre ce que pense l'être humain à partir de ce qu'il ressent et traduit par son langage corporel. C'est donc autour des liens qu'elle tisse entre le langage du corps et la pensée que sera évaluée sa fiabilité.

La question peut d'ailleurs être tournée autrement : Comment faire parler le langage corporel ? (ça c'est facile, il suffit d'un peu d'imagination ) sans lui faire dire n'importe quoi (c'est plus difficile car il faut précisément éviter d'avoir trop d'imagination).
 

La synergologie repose sur une classification qui répertorie les attitudes corporelles humaines pour mieux les observer, les comparer et faire ensuite des propositions.

Lorsqu'un synergologue-chercheur observe un geste particulier, curieux, ou encore inhabituel, il découpe la vidéo dans laquelle il a observé cette attitude avec son contexte (30 secondes ) l'étiquette et l'intègre dans une base de données au côté de milliers d'autres vidéos déjà étiquetées.
Il compare ensuite le geste qu'il a observé au même geste fait par d'autres personnes dans des contextes différents. Il essaie de voir s'il existe ds points communs entre tous ces gestes observés.

Ici, nous avons réalisé un tirage d'écran permettant de montrer le même endroit du visage "gratté" microdémangé par des personnes différentes (1).


Les images item par item

1. Les personnes se grattent toutes sous le nez.
2. Ces personnes se grattent sous la narine gauche  (il s'agit ici du tout premier mouvement)
3. Elles baissent toutes la tête pour le faire.
4. Leurs yeux partent en bas
5. Ils partent majoritairement à droite.
6. Elles se grattent majoritairement avec la main droite (en fait cette remarque est due à l'échantillonnage, car sur un grand nombre de vidéos, il faut noter qu'elles se grattent davantage avec la main gauche) (2).
7. Elles se grattent en interaction (en réagissant à des propos)
8.  Chacune de ces personnes parle d'elle au moment ou elle se gratte.
9. L'ambiance induite par le sujet abordé est tendue (9 fois sur 9). Il est possible de la qualifier de négative 8 fois sur 9


Résumé et proposition
 
Pour parler d'elles au moment ou elles se grattent, ces personnes baissent la tête et se coupent donc de leur interlocuteur. Leur main les protège. Leur regard part vers la droite comme c'est le cas lorsque nous nous projetons dans le futur plutôt que de nous réfugier dans le passé (autre validation d'item : (R_0_QUA_PE)

Un non-dit s'est insinué entre ces personnes et leur interlocuteur et elles enjolivent la réalité dans une ambiance tendue, voire négative.


Pour que notre hypothèse soit crédible, il faudrait que les personnes qui se grattent sous le nez droit et ne parlent pas d'elles ( c'est-à-dire que la formulation ne soit pas organisée autour du "je").

Ce sera l'objet d'un prochain message blogue.


(1) Cette attitude est extraite des bases de données sous le code : A_0_D_N_20_P2.
(2) L'échantillonnage est dit non probabiliste, accidentel.

mardi 27 décembre 2011

Autisme, autiste et communication non verbale

Dès qu'il est question d'autisme, inlassablement il est écrit, comme c'est le cas dans ce dernier message de l'INSERM  :
"Il est caractérisé par un isolement, une perturbation des interactions sociales, des troubles du langage, de la communication non verbale et des activités stéréotypées avec restriction des intérêts ".
Description claire de l'autisme mais pas de l'autiste, car l'être humain autiste est, lui, oublié dans cette définition.
Si la communication non verbale est troublée dans l'autisme, le meilleur moyen d'accéder à la relation avec un enfant autiste est ...  le langage corporel.  L'autiste a un langage corporel aussi riche que celui d'un non autiste. Ce qui permet d'accéder à sa compréhension du monde et de ses relations aux autres par d'autres codes que les codes verbaux, si nous savons le regarder, sommes attentionnés à certains détails de son langage corporel comme la configuration de ses mains, par exemple.

Non la communication non verbale de l'autiste n'est pas troublée, elle traduit exactement l'état de sa relation à l'environnement. Elle en est le témoin privilégié, témoigne de lui et témoigne pour l'autre .


Si vous interrogez un parent d'enfant autiste, il sera évidemment intéressé à comprendre ce qu'est l'autisme, mais plus désireux encore de comprendre son enfant à lui !  Et si l'autiste n'accède pas au langage verbal (ce qui n'est pas vrai de tous les autistes), il pense. Nous pouvons penser sans mots (1), nous sommes émus sans mots, et son corps comme celui d'un autre être humain réagit et traduit son ressenti. 
 
Tout laisse croire qu'à terme la meilleure façon de mieux comprendre un autiste, ce soit simplement de le regarder et de considérer avec sérieux sa parole corporelle.... 

(1) Laplane, D,. (2000) : La Pensée d'outre-mots. La Pensée sans langage et la relation pensée-langage. , Ed Sanofi Synthe Labo, Coll Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2000.


samedi 19 novembre 2011

Sarkozy et Hollande, des réactions pas si différentes !


Lorsque dans une banque de données d’images consultables par tout un chacun (1) toutes les photos de Nicolas Sarkozy (217 images) et de François Hollande (209 images) les deux favoris actuels des français à la présidence de la république sont analysées en posant systématiquement la question : de quel côté leur  tête penche-t-elle ? une fois que les photographies dans lesquelles la tête est bien centrée sont mises de côté, (29 % pour N. Sarkozy et 26 % pour F. Hollande,) il reste plus de  ¾ des photographies.
Sur le critère du côté ou ils penchent la tête ces deux êtres humains là ne sont pas très différents. Nicolas Sarkozy penche la tête à droite dans 47 % des photos contre 25 % à gauche et François Hollande penche la tête dans 51% des cas contre 20% des photos à gauche (2) 

Pourquoi ?
La nature  de l'échange transforme la dynamique générale du comportement et plus un être humain subit la pression de l’environnement plus il a tendance à se rigidifier et sa tête à pencher à droite.   Évidemment le temps, l'habitude de communiquer permettent de bien maitriser ces paramètres et d’absorber la pression de ces événements sans qu’il soit toujours possible de s’apercevoir du contrôle. Mais des petits détails subsistent parmi lesquels les axes de tête.
Un être humain qui se rigidifie a tendance à voir sa tête pencher légèrement à droite (sa droite à lui).
Au moment des prises de photos les êtres humains en cherchant, à donner la meilleure image d'eux-mêmes et à être performants, se mettent en situation de communiquer « parfaitement » et de se montrer si possible sous leur meilleur jour. En fait leurs réactions sont, malgré eux,  contre-productives car il se rigidifient.
Dans les situations ou ils sont pris en photo à leur insu, les candidats sont souvent filmés dans des moments importants ou solennels, ou là encore le contrôle est important.  Dans ces moments là, la tête ne manque pas de partir  là encore légèrement à droite.

Sur le critère des idées si les deux candidats à la présidence de la république sont opposés l’un à l’autre, sur le critère de leur humanité, ils font bien en revanche partie ensemble de la même race humaine et leurs réactions ne sont pas si différentes sans que l'on puisse savoir s'il faut d'abord s'attrister ou se réjouir de cette réalité !

(1) le moteur de recherche google images le 18 novembre à 10 heures du matin toutes les photos de Nicolas Sarkozy et toutes les photos de Francois Hollande

(2) Chiffres précis :

Nicolas Sarkozy : 217 images
Axe de tête centré 62 photographies   (28.57%) 
Axe de tête à droite 101 photographies  (46.54%)
Axe de tête à gauche 54  (24.88%)

François Hollande 209 images
Axe de tête centré  54  photographies   ( 25.83 %) 
Axe de tête à droite 106 photographies  (50.71 %)
Axe de tête à gauche  49   (19.91%)



mardi 20 septembre 2011

DSK : que révèle son non verbal ?

Dominique Strauss Kahn s'est expliqué dimanche soir en entrevue sur TF1 à propos de ce que le monde des médias appelle désormais  "l'affaire de la chambre 2806" du Sofitel où il aurait agressé sexuellement une femme de chambre à New York. Agression pas agression ? Doit-on le croire, pas le croire ? Lui accorder du crédit, aucun crédit ?

Son intervention au journal de TF1 face à la journaliste Claire Chazal  était sans aucun doute murement réfléchie, les propos bien ciselés, les formules choisies. Mais nous attendions-nous vraiment à autre chose ?

Essayons par contre de comprendre ce que le corps de Dominique Strauss Kahn,  au delà des circonvolutions verbales avait, lui, le besoin de nous dire.

Un détail sautait aux yeux : ses clignements de paupières.

Comme la vérité demande moins de ressources cognitives que le mensonge, lorsqu'une personne ment, elle a tendance à moins cligner des paupières que si elle dit la vérité. (1) Par voie de compensation, une fois le mensonge réalisé elle se libère en clignant davantage. (2)

Dans cette entrevue, il y a eu deux temps : sa vie privée et la situation européenne. Concentrons-nous ici sur le thème de la vie privée (3).  0.27 clignements à la seconde pendant l'échange contre 2.6 clignements à la seconde après avoir parlé. Dix fois plus ! Du jamais vu lorsque la personne dit la vérité (4).

Il faut noter également que lorsque la personne a fini de parler, généralement elle laisse la bouche entrouverte  ou légèrement fermée et elle clôt fortement la bouche lorsqu'elle ment. Ici la bouche est fortement fermée après les fins de phrase (voir la photo ci dessus). Une telle tension de fermeture dans la bouche à de si nombreuses reprises, encore du jamais vu en situation de vérité.
Dominique Strauss Kahn  reprend le thème du complot  : "...un complot nous verrons", il cligne 9 fois des paupières en 2.2 secondes, ce qui fait plus de 4 clignements de paupières à la seconde (!) la bouche bien scellée...

Alors, oui, il est possible que DSK dise la vérité, oui tout est possible et le mensonge ne serait être reconnu que s'il y avait des aveux ou des preuves matérielles claires, mais l'homme a, convenons-en , des manières bien à lui de dire la vérité...


(1) Kyosuke Fukuda : Eye blinks: new indices for the detection of deception International Journal of Psychophysiology 40, 239-245
 (2) Leal Sharon et Vrij Aldert Blinking "During and After Lying" J Nonverbal Behav (2008) 32:187–194 
(3) Le dialogue autour de deux thèmes bien différents nous a permis de contrôler nos variables. Nous nous apercevons qu'il y a eu 0.27 clignements par seconde sur l'épisode relevant de sa vie privée, pour 0.34 pour les thèmes européens soit près de 30 % de plus.Le thème européen étant un thème plus technique et compliqué, nous aurions pu nous attendre à voir le contraire
(4)  Pendant la prise de parole : 191 clignements / 686secondes   =     0.27 sec    Après la parole : 39 clignements de paupières / 15 secondes =   2.6 sec
 Il faut noter que la caméra revenant sur la journaliste à la fin de chaque intervention de DSK pour qu'elle lui pose des nouvelles questions, des clignements après la fin de la prise de parole ont forcément été omis.