jeudi 1 mars 2012

Des guêpes et des hommes.






Les guêpes dites Polistes fuscatus reconnaissent les visages de guêpe lorsqu'on leur présente des photos (!)
Si on les place dans un couloir électrifié et un couloir non électrifié et qu'on leur présente deux visages de guêpe, elles iront ensuite vers celui qu'elles ont croisé dans le couloir non électrifié. (1)




Se reconnaitre d'antenne à antenne ou d’œil à œil

Chez la guêpe, il semblerait que les antennes jouent un rôle déterminant pour reconnaitre l'autre guêpe. Sur les photos lorsque les antennes sont retouchées, les guêpes ont davantage de difficulté à reconnaitre le visage de guêpe qui leur est présenté sous format papier. Chez l'Être humain, ce sont les yeux qui jouent ce rôle et notamment l’œil droit (2).
Les êtres humains normaux reconnaissent le visage de l'autre en 200ms en se concentrant sur les yeux.
Les personnes prosopagnosiques qui, elles, ont de la difficulté à reconnaitre les gens, se concentrent sur la bouche.(3)  Tous ces mécanismes sont non conscients.

Reconnaissance faciale et émotions

L'exemple de la guêpe montre que la pression de la sélection est suffisamment forte pour que des animaux qui sont placés bien en deça de l'être humain, dans la chaine de l'évolution, aient mis en place des mécanismes de reconnaissance faciale efficaces dans des cerveaux à priori beaucoup plus archaïques. 

Mais il y a autre chose encore. Si la guêpe fait la différence entre une de ses consœurs remarquée dans un environnement agréable et l'autre aperçue dans un environnement désagréable, à partir d'une photographie (sans odeurs ni sons donc), c'est qu'elle possède des compétences pour décoder les messages des visages.
Lorsque de telles compétences non verbales sont évoquées chez l'être humain c'est pour expliquer l'échange d'émotions, utile à la survie.

Il ne s'agit pas de dire que les guêpes reconnaissent des émotions et encore moins qu'elles socialiseraient grâce aux émotions échangées de visage à visage, mais elles reconnaissent des visages de guêpe, les discriminent en faisant la différence entre un visage repéré dans un environnement hostile et l'autre non, gardent cette information en mémoire, et sont capables de la réutiliser...

Avouons que tout à coup, nous tirerions bien une chaise à la guêpe dont nous pensions jusque là, qu'elle tournait stupidement autour du pot de confiture, pour qu'elle nous dise ce qu'elle pense de tout ça.


(1) Sheehan,M.J, Tibbetts E.E (2011) Specialized Face Learning Is Associated with Individual Recognition in Paper Wasps, Science 2 December : Vol. 334 no. 6060 pp. 1272-1275.
(2) C. Schiltz et al Impaired face discrimination in acquired prosopagnosia is associated with abnormal response to individual faces in the right middle fusiform gyrus, in Cerebral Cortex, vol. 16, pp. 574-86, 2006.
(3) R. CALDARA et al., Does prosopagnosia take the eyes out from faces ? Evidence for a defect in the use of diagnostic facial information in a brain damaged patient, in Journal of Cognitive Neuroscience, vol. 17, pp.1652-1666, 2005.

lundi 27 février 2012

The artist et l'universalité du geste.



L'universalité du geste,

La cérémonie des Oscars 2012 vient de se clore à Los Angeles et la palme d'or du meilleur film a été remise à un film muet.
Quiconque a vu ce film a eu le sentiment que l'histoire était facilement compréhensible sans langage verbal. Quiconque a vu ce film a également eu le sentiment qu'il était universellement compréhensible. 
Dans ce film français aucun geste "culturel" n'était repérable comme tel, et chaque personne dans son coin de planète, son coin de pays a eu le sentiment, s'il a vu ce film, de comprendre la totalité de l'intrigue.

 Du geste conscient de l'acteur au geste non conscient de la vie

Les attitudes corporelles "actées" sont des attitudes conscientes pensées par un auteur, mises en scène, puis jouées par des acteurs. Ce ne sont pas de ces gestes là que s'occupe la synergologie, pas des gestes conscients mais des émotions non conscientes que va traduire le corps au moment ou l'être humain est en action.  Mais si les gestes permettant la compréhension du film peuvent être décryptés sur une base universelle, pensez-vous vraiment que les messages neurophysiologiques que le corps et le cerveau vont s'envoyer et que l'être humain va traduire de manière non consciente par son langage corporel, seront moins universels ?

Les invariants du langage du corps sont universels. De multiples décodages vidéos réalisés à partir de visionnements de peuples divers nous en convainquent chaque jour. Mais pourquoi cette idée simple est-elle si difficile à faire passer dans l'opinion ?

Pourquoi l'idée qu'une seule race humaine unifiée communiquant universellement ses émotions à partir de structures cérébrales communes façonnées depuis des centaines de millions d'années est-elle si difficile à accepter...?

Nous y reviendrons.





mardi 21 février 2012

Trois questions fondatrices


Trois questions :

1. Peut-on se comprendre sans parler ?

2. Les mots sont-ils indispensables pour penser ?

3. L'action corporelle précède-t-elle l'acte de penser consciemment ?


Et  les réponses du paradigme scientifique traditionnel : 

- On peut se comprendre sans se parler.
- Les mots ne sont pas indispensables à l'activité de la pensée.
- L'action corporelle précède l'acte de penser consciemment.

Si le langage corporel est très souvent lié au langage verbal, il a aussi une activité indépendante, d'abord parce qu'on peut se comprendre sans se parler et ensuite parce qu'une personne qui ne parle pas, ne disparait pas pour autant . Elle ne dit rien certes. Pas de communication non verbale accompagnant les mots. Mais le simple fait qu'elle existe dans son corps, lui octroie de fait un langage du corps.

C'est ce qui va nous permette d'aller comprendre :

- qu'une personne est "dans la lune ".
- que la personne qui face à nous et ne dit rien n'est pas en accord avec nous.
- que telle autre convaincue est attentive.
- les émotions de notre interlocuteur silencieux.
- que l'enfant muré devant son professeur n'ose pas lui dire qu'il ne comprend pas.
- .....

Des outils spécifiques devaient être conçus pour observer ces situations, les comprendre. Et, quel que soit le sens dans lequel ces trois questions sont posées, une discipline indépendante dont l'objet est le langage corporel, avec son corpus de concepts autonomes, devait donc nécessairement émerger.

Il faut évidemment faire attention à ne pas tout vouloir faire dire au langage corporel et contrôler les paramètres d'interprétation, mais il est indispensable de prendre en compte la réalité du langage corporel, parce que les réactions mentales de deux interlocuteurs sont modifiées par le langage corporel de l'autre, même s'ils n'en n'ont pas conscience. Ces réalités là sont aujourd'hui mesurables.

mercredi 8 février 2012

Les rides de peur de François Hollande

Ces deux photos sont espacées de 12 centièmes de seconde


En France, le 1er février, François Hollande le candidat du parti socialiste à la présidentielle a été aspergé de farine, par une jeune femme, au moment même où il se trouvait sur une tribune, pour signer le « contrat social » pour le logement de la fondation Abbé Pierre.
Qui a visionné les images de ce moment, a été impressionné par le calme du candidat. S'il n'avait pas été copieusement blanchi de farine, personne ne serait même rendu compte de l'évènement. Mais l'occasion était trop belle d'utiliser le lexique corporel pour observer François Hollande. En fait très maitre de lui, son visage reste impassible, mais il se trouve que des rides horizontales traversent le haut de son front durant un très court laps de temps  (moins de 2 secondes). Ce sont des rides de peur.

Lorsqu'une personne a peur, des rides horizontales apparaissent sur le haut du front, et ici c'est en prenant tout à coup conscience que la scène est filmée (!), la direction de son regard va le montrer, que les rides de peur apparaissent sur le front du candidat (1).

Ces rides sont apparues deux fois très brièvement, d'abord au moment ou il a été aspergé de farine, c'est le premier moment, un moment de stupeur. C'est tout à fait normal, le contraire l'eut été moins. Ces rides sont activées à partir de messages envoyés depuis l'amygdale dans le système limbique.  Mais surtout, on s'aperçoit sur le second moment, que la peur n'est pas toujours totalement instinctive elle peut également être beaucoup plus cognitive, cérébrale. Ce que traduit la photo avec le cercle rouge. François Hollande a peur parce qu'il se rend compte  tout à coup de l'ampleur que pourrait prendre l'évènement. Ce que traduit un regard subreptice jeté vers la salle.

Les rides horizontales de la peur apparaissent toujours et forcément lorsqu'une personne a peur. C'est LE signe de la  peur. 


(1) Évidemment ces rides ci apparaissent sans que ne bouge la zone des sourcils , car dans toutes les occasions ou remontent les sourcils des rides apparaissent, mais beaucoup plus bas sur le front et ce second type de ride ne serait pas associé à la peur.

lundi 6 février 2012

La série américaine Lie to me : ce qui est et ce qui n'est pas de la synergologie.



La synergologie est souvent associée à la série américaine  Lie to me. Nous avons dit tout le bien que nous pensions de cette série parce qu’elle traitait de langage corporel à partir des travaux de Paul Ekman, mais la comparaison s’arrête là.
Dans la série, dès le premier numéro, les auteurs expliquent que lorsqu’on ment on se gratte le nez, et ils montrent ainsi une image de Saddam Hussein dans cette attitude à son procès (la photo ci dessus)
Or nous sommes absolument formels, une personne ne se gratte jamais le nez lorsqu'elle ment, comme le fait là Saddam Hussein. Ce qui ne l’empêche pas d'avoir certainement  menti plus souvent qu'à son tour, mais ce n’est pas le propos.

La synergologie repose sur une nomenclature 

En synergologie, avant d'attribuer une signification à une microdémangeaison (1), une nomenclature permet de recenser les zones du visage ou les gens se grattent, pour pouvoir ensuite  repérer concrètement de mêmes mouvements faits par des personnes différentes dans des contextes différents et les comparer.



Dans aucune des quatre situations illustrées dans l'image située en haut du blogue le mensonge n'est repéré.  Les personnes se grattent bien pour une raison identifiable, mais lorsqu'il s'agit de ce mouvement (A_0_D_N_2_P2)  ça ne sera JAMAIS le mensonge.

L'éthogramme synergologique repérant la totalité des attitudes corporelles signifiantes qu’elle inscrit dans une nomenclature (dans cet extrait les gestes d'autocontact sur le visage) est aujourd’hui la seule grille permettant un mode de référencement de toutes les catégories de gestes et d'attitudes corporelles.

Nous vous expliquerons dans un prochain message pourquoi cette microdémangeaison ne peut pas être reliée au mensonge.



 (1) Microdémangeaison : Démangeaison réalisée en l'absence de bouton ou d'inscription tégumentaire.

Attention : Ce n’est pas parce qu’une personne ou une théorie renvoie au langage corporel que c’est de la synergologie.  


Les photos présentées ici sont tirées d'émissions télévisées françaises et québécoises. 

mercredi 1 février 2012

La synergologie est-elle fiable ?


La synergologie est-elle fiable ?

Voila LA QUESTION incontournable. C'est même sans doute uniquement pour répondre à cette question que les messages de ce blogue succèdent les uns aux autres et que des synergologues partout dans le monde se questionnent, s'interrogent, travaillent, doutent, se forment.


Pour essayer de mesurer la fiabilité de la synergologie
  
Il faut d'abord se demander à quoi s'applique sa fiabilité. Au delà des définitions académiques, la synergologie essaie de comprendre ce que pense l'être humain à partir de ce qu'il ressent et traduit par son langage corporel. C'est donc autour des liens qu'elle tisse entre le langage du corps et la pensée que sera évaluée sa fiabilité.

La question peut d'ailleurs être tournée autrement : Comment faire parler le langage corporel ? (ça c'est facile, il suffit d'un peu d'imagination ) sans lui faire dire n'importe quoi (c'est plus difficile car il faut précisément éviter d'avoir trop d'imagination).
 

La synergologie repose sur une classification qui répertorie les attitudes corporelles humaines pour mieux les observer, les comparer et faire ensuite des propositions.

Lorsqu'un synergologue-chercheur observe un geste particulier, curieux, ou encore inhabituel, il découpe la vidéo dans laquelle il a observé cette attitude avec son contexte (30 secondes ) l'étiquette et l'intègre dans une base de données au côté de milliers d'autres vidéos déjà étiquetées.
Il compare ensuite le geste qu'il a observé au même geste fait par d'autres personnes dans des contextes différents. Il essaie de voir s'il existe ds points communs entre tous ces gestes observés.

Ici, nous avons réalisé un tirage d'écran permettant de montrer le même endroit du visage "gratté" microdémangé par des personnes différentes (1).


Les images item par item

1. Les personnes se grattent toutes sous le nez.
2. Ces personnes se grattent sous la narine gauche  (il s'agit ici du tout premier mouvement)
3. Elles baissent toutes la tête pour le faire.
4. Leurs yeux partent en bas
5. Ils partent majoritairement à droite.
6. Elles se grattent majoritairement avec la main droite (en fait cette remarque est due à l'échantillonnage, car sur un grand nombre de vidéos, il faut noter qu'elles se grattent davantage avec la main gauche) (2).
7. Elles se grattent en interaction (en réagissant à des propos)
8.  Chacune de ces personnes parle d'elle au moment ou elle se gratte.
9. L'ambiance induite par le sujet abordé est tendue (9 fois sur 9). Il est possible de la qualifier de négative 8 fois sur 9


Résumé et proposition
 
Pour parler d'elles au moment ou elles se grattent, ces personnes baissent la tête et se coupent donc de leur interlocuteur. Leur main les protège. Leur regard part vers la droite comme c'est le cas lorsque nous nous projetons dans le futur plutôt que de nous réfugier dans le passé (autre validation d'item : (R_0_QUA_PE)

Un non-dit s'est insinué entre ces personnes et leur interlocuteur et elles enjolivent la réalité dans une ambiance tendue, voire négative.


Pour que notre hypothèse soit crédible, il faudrait que les personnes qui se grattent sous le nez droit et ne parlent pas d'elles ( c'est-à-dire que la formulation ne soit pas organisée autour du "je").

Ce sera l'objet d'un prochain message blogue.


(1) Cette attitude est extraite des bases de données sous le code : A_0_D_N_20_P2.
(2) L'échantillonnage est dit non probabiliste, accidentel.

mardi 27 décembre 2011

Autisme, autiste et communication non verbale

Dès qu'il est question d'autisme, inlassablement il est écrit, comme c'est le cas dans ce dernier message de l'INSERM  :
"Il est caractérisé par un isolement, une perturbation des interactions sociales, des troubles du langage, de la communication non verbale et des activités stéréotypées avec restriction des intérêts ".
Description claire de l'autisme mais pas de l'autiste, car l'être humain autiste est, lui, oublié dans cette définition.
Si la communication non verbale est troublée dans l'autisme, le meilleur moyen d'accéder à la relation avec un enfant autiste est ...  le langage corporel.  L'autiste a un langage corporel aussi riche que celui d'un non autiste. Ce qui permet d'accéder à sa compréhension du monde et de ses relations aux autres par d'autres codes que les codes verbaux, si nous savons le regarder, sommes attentionnés à certains détails de son langage corporel comme la configuration de ses mains, par exemple.

Non la communication non verbale de l'autiste n'est pas troublée, elle traduit exactement l'état de sa relation à l'environnement. Elle en est le témoin privilégié, témoigne de lui et témoigne pour l'autre .


Si vous interrogez un parent d'enfant autiste, il sera évidemment intéressé à comprendre ce qu'est l'autisme, mais plus désireux encore de comprendre son enfant à lui !  Et si l'autiste n'accède pas au langage verbal (ce qui n'est pas vrai de tous les autistes), il pense. Nous pouvons penser sans mots (1), nous sommes émus sans mots, et son corps comme celui d'un autre être humain réagit et traduit son ressenti. 
 
Tout laisse croire qu'à terme la meilleure façon de mieux comprendre un autiste, ce soit simplement de le regarder et de considérer avec sérieux sa parole corporelle.... 

(1) Laplane, D,. (2000) : La Pensée d'outre-mots. La Pensée sans langage et la relation pensée-langage. , Ed Sanofi Synthe Labo, Coll Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2000.